« On arrive dans l’ère des meufs, je pense qu’elles vont tout péter ! »

Elle fait partie de l’écurie de la Scred Connexion, c’est la première artiste à avoir été signée sur leur label. Fanny Polly, auteur, interprète et danseuse originaire du sud, sortira son premier album « Toute une histoire » le 21 juin et sera sur scène 1er juin prochain pour le Rendez-vous Hip hop aux côtés de Dosseh, Laylow et Jay Prince. Rencontre avec une femme au fort caractère, déterminée et avec qui on rit facilement.

 

Quattro cento : Tu t’es fait connaître en gagnant le tremplin Buzz Booster Ile-de-France, tu peux nous raconter comment t’as appréhendé cette expérience ?

 

Fanny Polly : Je ne connaissais pas avant d’y participer. Une amie m’avait inscrite ! Je l’ai découvert en le faisant. J’avais pas fait beaucoup de contest rap, contrairement à la danse. L’esprit de compétition me plaisait bien. Le fait d’être avec plein d’autres groupes m’a motivé et ça a développé plein d’autres choses pour la scène ! Je viens de la danse au départ, donc j’ai agrémenté mon set de petits pas de danse même si je ne suis pas encore Beyoncé (rires).

 

 

Quattro : Qu’est-ce-que t’as trouvé dans le rap que tu n’avais pas dans le danse ? L’expression des mots est plus forte que l’expression du corps ?

 

Fanny P : L’écriture, c’est quelque chose qui compte énormément pour moi. Bizarrement, j’arrive plus facilement à me mettre à nue dans mes textes que dans ma danse. J’ai besoin de me poser pour écrire, j’aime bien ma solitude. Si je suis avec des gens pour un featuring et qu’on me met la pression, ça va être quitte ou double. Soit je sors un super truc soit y a rien qui sort ! En général j’écris un morceau en one shot, mais je reviens un peu dessus le lendemain. J’ai besoin de temps pour peaufiner l’écriture. 

 

“Bizarrement, j’arrive plus facilement à me mettre à nue dans mes textes que dans ma danse.”

 

Quattro : Ta musique est personnelle, tu y injectes beaucoup de toi dedans. Qu’est-ce-que tu pourrais me dire sur l’endroit où t’as grandi, la côte d’azur ?

 

Fanny P : J’étais dans le 06 dans un petit bled qui s’appelle Mouans-Sartoux. On a la chance d’avoir la mer et la montagne pas loin. Depuis que je suis à Paname, je me rends compte qu’on a grandi dans un contexte agréable. Mais la mentalité raciste est bien ancrée là-bas… A l’adolescence, je me suis tournée vers le hip hop et j’ai grandi avec cette culture vers  14-15 ans. Chez nous, on nous a coupé l’herbe sous le pied et on nous a vachement bridés. Pour les autorités locales, le hip hop ça va avec les noirs, les arabes et la délinquance et j’ai vite compris qu’on était boycotté ! Le maire de Mouans-Sartoux était dans l’associatif et le social. A 18-19 ans j’ai monté une petite structure pour la danse ! On a vite compris quelles mairies étaient opérationnelles pour nous aider et celles qui ne l’étaient pas.

 

Quattro : Et t’as voyagé autre part que dans les environs du sud de la France ?

 

Fanny P : Dans mon album il y a un morceau qui s’appelle « Voyage, voyage ». J’ai pas forcément beaucoup voyagé mais en bougeant dans ma région j’ai eu le sentiment de découvrir beaucoup de choses. Je suis partie en Asie où j’ai fait pas mal la Thaïlande. J’ai fait le Sénégal, Cuba et New York aussi ! J’ai commencé à voyager vers 22 ans. Et j’ai été piqué fort par le virus ! Maintenant je voyage un peu moins pour me focaliser sur la musique, il faut bien faire des sacrifices.

 

Quattro: Dans ta musique tu parles aussi de l’environnement et des dangers qui menacent la planète. T’y a été directement confrontée ? 

 

Fanny P : J’ai vu la mer se dégrader au fur et à mesure. C’est devenu dégueulasse ! On a presque moins envie de se baigner. Ça nous touche de plus près quand on est confronté à la dégradation de la planète directement.

 

 

Quattro: On ressent l’importance et le poids des mots. Cette philosophie va de pair avec l’équipe qui t’entoure : la Scred Connexion où Mokless a sorti un album qui s’appelle le Poids des mots. Comment cette rencontre s’est-elle produite ?

 

Fanny P : J’ai envoyé un message à Haroun lorsque je suis arrivée à  Paris. Je m’étais donnée quelques mois pour monter une équipe. La Scred a fini par m’appeler, Koma et Mokless plus précisément. Je suis partie les voir pour discuter avec eux. Le feeling est bien passé ! Ils voulaient monter leur label et m’ont proposé d’être la première artiste. Comment refuser ? (rires)

 

 

Quattro : Tu vas sortir ton premier album avec eux, qu’est-ce-que tu pourrais nous dire sur ce projet ?

 

Fanny P : L’album s’appelle « Toute une histoire », c’est un 16 titres. Il y a 3 featurings dont un avec Demi Portion. D’ailleurs, il faut savoir que le dernier clip qu’on va balancer, c’était le premier qu’on a tourné. Quand on l’a tourné, on s’est dit que ça serait le dernier visuel qu’on enverrait avant la sortie de l’album. Comme on fait des scènes depuis deux ans, il y a pas mal de morceaux que les gens connaissent déjà car on les joue en concert. Donc celles et ceux qui sont venus nous voir en live connaissent déjà des titres de l’album !

 

 

Quattro : Pour finir, j’aimerais évoquer avec toi la place des femmes dans le rap. Même si ça peut paraître un peu facile comme question, nous sommes dans un véritable bouleversement des rapports hommes/femmes avec les scandales assez récents de l’affaire Weinstein et de Me To. Est-ce-que t’as le sentiment que les femmes sont davantage prises au sérieux dans le rap aujourd’hui ?  

 

Fanny P : On arrive dans l’ère des meufs. Je pense qu’elles vont tout péter ! Ca y est les gens ont enfin compris qu’elles avaient leur place. Quand quelque chose est créée par les hommes, ça met du temps avant qu’on accepte que les femmes puissent le faire aussi. Maintenant, les gars sont même dans la demande de rap féminin. Mais au niveau du foot par exemple, je réclamerais jamais l’égalité, on n’a pas les mêmes capacités physiques. Par contre, je réclame la parité : si tu mets de l’argent dans le foot masculin, mets en aussi dans le foot féminin.  Dans le rap on a tous un stylo et une feuille, ce n’est pas parce que t’es un homme que t’es au-dessus.

 

“Quand quelque chose est créée par les hommes, ça met du temps avant qu’on accepte que les femmes puissent le faire aussi.”

 

 

Retrouvez Fanny Polly sur scène de Rendez-vous Hip hop le 1er juin prochain. Plus d’informations ici.

 

 

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